Entre le marteau et l’enclume…

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Epidémie de Choléra en Haïti, le père Frechette à St Marc

Le père Frechette arrivant à St Marc

Nous vous invitons à lire ce témoignage du père Frechette, qui apporte son soutien à la population en Haïti, assisté de ses équipes…

Chers amis,

Les cas de choléra ont doublé depuis la semaine dernière passant d’environ 2300 à plus de 4600 à la date d’hier.
 
Nous avons vu beaucoup de victimes parce que nous avons multiplié les efforts pour essayer de les aider, en allant, comme je l’ai expliqué, apporter cette aide à Artibonite. Nous nous sommes rendus à 7 endroits cette semaine, plusieurs fois à Saint-Marc, à Ester, et à Dauphin. Mais l’un des endroits les plus désolés que nous ayons visités est Grand Saline. Les gens sont très pauvres et très accueillants, et vivent dans un lieu particulièrement inaccessible. Nous n’avons pu nous y rendre qu’en hélicoptère et en bateau. Par bateau, j’entends une petite embarcation motorisée en pleine mer, sans bouées de sauvetage, sans rames et sans lumière, qui partait de l’embouchure polluée du fleuve Artibonite, pleine de choléra.

Les gens boivent l’eau directement dans la rivière parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. C’est la seule eau disponible. Nos amis d’Operation Blessing ont installé sur le fleuve plusieurs filtres qui fonctionnent avec des générateurs pour que les gens aient la possibilité de boire de l’eau propre.

Choléra : Les enfants boivent l'eau potable apportée par NPFS

Les enfants boivent l'eau potable apportée par NPFS

Comme je l’ai déjà mentionné, nous avons apporté lors de nos voyages des lits, des matelas, des liquides intraveineux, de l’eau, l’aide fournie par Gator, et de la nourriture. La plupart des gens ne peuvent pas manger beaucoup, car les crampes et les vomissements sont un symptôme important de la maladie ; nous amenons donc surtout de petits repas.

Des cas de choléra se sont maintenant déclarés près de nous, ici, à Port-au-Prince. En général, ces malades semblent mourir rapidement. Ils portent la bactérie en si grande quantité qu’ils perdent leurs fluides par la diarrhée trop vite pour qu’on puisse même commencer à les réhydrater. La plupart des gens traversent des moments difficiles, mais s’en sortent. Nous n’avons pas encore vu beaucoup de cas ici à Port-au-Prince, mais à quelques minutes de marche de nous, Médecins sans frontières décompte déjà 40 cas.

Nous avons préparé un plan d’aide en cas de grosse épidémie de choléra à Port-au-Prince, qui est conçu pour ne pas perturber le fonctionnement de notre Hôpital des enfants (Saint Damien) ou de notre hôpital familial (Saint Luc) .

Tentes pour accueillir les patients atteints de Choléra à Port-au-Prince

Des tentes ont été installées en vue d'accueillir les malades

Nous avons recouvert de gravier environ deux acres de terrain près de l’hôpital Saint Luc, et nous avons installé jusqu’ici 4 grandes tentes sur un total de 15 où nous allons recevoir des malades du choléra. Nous y avons mis en place une clinique de la diarrhée où notre personnel examinera toute personne souffrant de diarrhée, sans avoir besoin de les envoyer à Saint Damien ou Saint Luc. Après examen, nous amènerons les cas probables de choléra au site choléra tout proche de Médecins sans frontières. Quand leur capacité d’accueil de 250 lits sera atteinte, nous commencerons à recevoir les patients dans nos tentes. Nous avons une capacité d’environ 300 personnes.

Nous avons organisé toute la logistique pour l’acheminement, le lavage des mains, les toilettes et les repas de façon à minimiser les risques de propagation de la maladie. Notre médecin-chef, Manuel Castro, qui est originaire de Cuba et a été sorti des décombres de notre ancien hôpital à Pétionville, a travaillé en Afrique, où lui et son équipe ont dû accueillir 6000 patients en quatre jours lors d’une épidémie de choléra. Il nous aide et nous guide avec générosité. Nous l’avons fait rentrer par avion à Cuba, quand il a eu les membres écrasés par le séisme du 12 janvier, mais il est revenu parmi nous il y a quelques mois, une fois ses blessures guéries. C’est d’autant plus remarquable qu’il a plus de soixante-dix ans. Vous devriez l’entendre raconter comment Dieu a utilisé un fauteuil à bascule pour lui sauver la vie quand notre ancien hôpital s’est écroulé sur lui, ou la façon dont Norma a convaincu l’ambassade de Cuba pour de la rapatrier en avion à Cuba, quand ils ne voulaient pas s’impliquer. Mais je m’égare. Pour en revenir à notre sujet, nous sommes presque prêts pour une épidémie de choléra, mais prions que cela ne se produise pas.
 
En plus de tout cela, vous savez probablement que l’ouragan Tomas se dirige droit vers nous. Nous aurons des vents violents et des pluies à partir de mardi, avant que l’ouragan ne nous frappe de plein fouet vendredi. Si vous tapez « ouragan Tomas » dans Google, en tout cas selon les prévisions de ce soir, vous verrez comment l’ouragan change de direction en tournant de 90 degrés vers le nord, pour se diriger sur les Cayes et Port-au-Prince. Je me demande, en essayant de regarder le bon côté des choses, si l’ouragan ne va pas diluer le choléra et en débarrasser les cours d’eau et la ville. Mais je tremble également d’imaginer ce qui arrivera aux millions de personnes qui vivent dans des tentes fragiles, et dont les maigres biens seront transformés en projectiles se déplaçant à près de 150 kilomètres-heure.

Nous préparons notre mission pour l’ouragan, en couvrant les fenêtres (des centaines de fenêtres), et nous allons déplacer les enfants de Saint Louis et de Saint Luke à Francisville pour les protéger. Nous remplissons des sacs de sable pour les portes contre les inondations, et nous stockons des vivres et de l’eau potable.
Dans ce pays il est difficile de s’en tenir à son travail quotidien. Il y a toujours d’autres problèmes dramatiques auxquels il faut faire face.

Merci de penser à nous dans vos prières. La situation a été éprouvante et difficile. Prions pour que Tomas souffle là où il ne pourra blesser personne et que l’épidémie de choléra s’épuise d’elle-même.
Nous pourrons alors nous remettre retourner au travail, en essayant d’accompagner ces gens qui tentent de sortir de la pauvreté.
Merci pour tous vos messages d’encouragement et pour vos prières, ainsi que les dons qui nous sont très utiles.

Dieu vous bénisse,

Père Richard Frechette

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