Endommagée suite au séisme, la restauration de la chapelle de notre hôpital pédiatrique de Tabarre n’est toujours pas à l’ordre du jour. Et cela prendra un certain moment avant qu’elle ne le soit… Des larges poutres de bois de part et d’autres venant renforcer sa structure, des vitraux cassés qui n’ont pas été remplacés… la chapelle de notre hôpital porte toujours les marques du séisme du 12 janvier 2010. Et quant à la date de sa prochaine restauration, le père Richard annonce le plus sérieusement du monde qu’elle est planifiée à la fin de la reconstruction du pays. Derrière cette vérité teintée d’une petite pointe d’humour se cache un constat édifiant. Au rythme où vont les choses, cela peut prendre quelques années, voire de nombreuses années. Le pire n’étant évidemment pas d’attendre pour voir notre chapelle remise à neuf. Mais bien entendu que des centaines de milliers de familles sinistrées devront encore patienter dans des conditions de survie extrême pour être enfin décemment relogées.
Dernièrement, j’ai rendu visite à un bon ami, Enel, avec qui j’ai travaillé il y a trois ans dans Cité Soleil. Comme plus d’1 700 000 haïtiens, sa vie est actuellement sous bâche, dans un camp de sinistrés de Simon-Pelé, un quartier en amont de Cité Soleil.
Sa « maison » est si petite que je manque d’espace pour la prendre en photo. Tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. La veille il a plu. L’eau s’est infiltrée sans trop de difficultés par divers endroits, trempant ses quelques effets personnels et son matelas de mousse.
En revanche il a préservé l’essentiel : son album photo et ses économies avec lesquelles il compte reconstruire sa maison à Simon Pelé et ainsi offrir un toit à sa famille. À savoir sa maman, sa femme, son fils, son frère, et les deux enfants de son autre frère décédé.
Parce qu’il est le seul à travailler, reloger les siens prend du temps. Il a besoin de beaucoup d’argent pour se procurer ciment, sable, barres de fer et poutres en bois pour refaire sa maison… Le coût estimé pour l’achat de ces matériaux est de 600 U$. Soit l’équivalent de 6 mois de salaire pour lui !
En lui rendant visite, j’avais pour idée de lui donner un coup de pouce pour permettre à sa famille de commencer un petit commerce. Enel apprécia le geste mais m’expliqua qu’il utiliserait l’argent pour refaire sa maison. C’est sa priorité du moment. D’un côté, accroître sa source de revenu me semble plus judicieux. D’un autre, son choix se comprend facilement : Enel et les siens sont à bout.
Ces « maisons » de bâches n’offrent en fait à ceux qui y survivent qu’un semblant d’intimité. Pour le reste : la journée, le soleil brûlant les transforme en véritable étuve. Et lorsqu’il pleut, l’eau s’infiltre par le sol et les jointures de fortune, provoquant fièvres, grippes, bronchites… De quoi faire le deuil d’un enfant ou d’un grand parent dont l’organisme soumis à rude épreuve résiste avec de moins en moins à ses maladies récurrentes…
Dans un pays comme Haïti, même les choses les plus simples prennent du temps. L’ambitieux mais vital projet qu’est la reconstruction du pays me laisse donc plutôt perplexe quant à sa mise en œuvre dans les meilleurs délais.
Six mois après le séisme, aucun signe probant n’est en vue et les centaines de camps à la ronde ne désemplissent toujours pas.
Notre chapelle pourra toujours attendre. Sa restauration n’influera en rien sur nos vies spirituelles. En revanche, pour les familles qui doivent faire face à la chaleur, à la saison des pluies et à la saison cycloniques, l’urgence à gagner un véritable abri a trait autant à la dignité humaine qu’à la vie… »
Alain Gervais, correspondant sur place de Nos Petits Frères et Soeurs
*« Ubi dolor, Ibi vigiles » : Là où il y a la douleur, il y a l’attention (dans le sens de la vigilance)









Retrouvez-nous sur :