Soeur Judy : deux côtes cassées n’ont pas suffit à l’arrêter

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La soeur Judy

La soeur Judy Dohner

Lorsque le séisme a frappé, soeur Judy a vu la ville entière s’écrouler comme un château de carte. Elle vivait depuis trois ans à Fondwa, un hameau très pauvre, à 45 minutes de Port-au-Prince. Aujourd’hui sa maison, sa ville n’étaient plus qu’un amas de poussière.

« Vous faites ce que vous devez faire dans ces cas-là » dit-elle. Il n’y avait pas de lits, pas de couverture, rien. Les haïtiens ont passé la nuit sur la route, recroquevillés les uns sur les autres. La soeur se souvient d’un bébé qui pleurait, non pas de peur, mais de faim. Le séisme a frappé à 16h57 et toute la nourriture avait été détruite.

Par son choix de vie, la soeur était rompue aux épreuves. En tant que nonne, elle s’était occupée pendant 11 ans de fermiers haïtiens immigrés à Immokalee, en Floride. En tant qu’infirmière clinicienne avec un master en psychologie clinique, elle avait travaillé avec les malades mentaux chroniques de l’hôpital communautaire de l’Ohio.

Elle est arrivée en Haïti il y a huit ans, après avoir rencontré le père Richard Frechette, par l’intermédiaire d’un ami. Ils ont travaillé ensemble dans les bidonvilles les plus pauvres (et les plus dangereux) de la terre, en fournissant des soins de santé aux opprimés. « Je voulais être avec des personnes qui n’avaient pas de filet de sécurité, rien, » dit-elle. « Des personnes qui savaient que le gouvernement ne viendrait pas les sauver. » Elle était ambitieuse et voyait les choses en grand lorsqu’elle a lancé le premier programme pédiatrique contre le cancer à l’hôpital Saint Damien, après qu’un jeune garçon souffrant de lymphome soit venu à l’hôpital en dernier recours. Pour les enfants souffrant de malformations et d’autres maladies cardiaques, elle a collaboré avec le programme « Rotary International’s Gift of Life », qui consistait à envoyer les enfants haïtiens aux Etats-Unis, pour être sauvés par une opération.

« Nous sommes en Haïti », dit-elle souvent. « Aucun autre hôpital n’est comme le nôtre, et ceci pour une raison. Ce que nous pensons pouvoir faire dépasse largement ce que la plupart des gens pensent pouvoir faire dans un pays en voie de développement. »

Lorsque le séisme a frappé, St. Damien est devenu un centre de traumatologie, les patients couchaient sur les lits, les pelouses et dans n’importe quel endroit pouvant accueillir un lit de camp. Le père Richard a téléphoné à Fondwa pour demander à soeur Judy de revenir à Port-au-Prince et travailler comme administratrice de l’hôpital, sachant qu’elle était capable de maintenir la stabilité et l’intégrité de l’hôpital. Lorsque le choléra a frappé, elle a utilisé les mêmes capacités de leadership et a mis en place un centre pédiatrique contre le choléra efficace et remarquable. Soeur Judy a formé son personnel, connu pour être les plus compétents d’Haïti. Toutes les semaines, son oncologue discute par visio-conférence avec le centre oncologique de St. Jude pour parler des traitements et diagnostics des patients.

Le voyage a été très long et au jour de l’anniversaire du séisme, soeur Judy réfléchit sur le passé. Elle repense à cette nuit, à Fondwa, dans la ville où elle était venue en 2007, pour venir en aide aux plus démunis. « Le séisme a frappé toute la nuit », dit-elle. « Le flanc entier de la montagne s’était détaché et nous ne savions pas si notre tour arrivait. Nous étions terrifiés. Nous avons prié toute la nuit, pour vivre, pour survivre. »

Alors que le soleil s’élevait au dessus des montagnes, soeur Judy a fait ce qu’elle a fait maintes et maintes fois dans sa vie. Ses côtes lui faisaient mal, mais elle s’en occuperait plus tard. Elle s’est assuré que tout le monde allait bien et était pris en charge. Puis elle a appelé le père Rick. « Oui, je vais bien », lui répond-elle. « Comment puis-je aider ceux qui ne vont pas bien ? »

Ivy Kuperberg  
Agent d’information

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