Juan José

Intelligent, passionné et dynamique, Juan José incarne la vision du père Wasson.
7 mai 2009 – Guatemala

Alors que je me préparais à interviewer Juan José, je me suis trouvé dans une situation embarassante : devais-je mener l’entretien en espagnol ou en anglais ? D’accord, ce n’était pas la décision la plus pénible de ma vie, mais ce questionnement permet de vous expliquer comment Juan José a passé ces quatre dernières années. Lorsqu’il est arrivé chez Nos Petits Frères et Soeurs (NPFS) Guatemala en 2005, Juan José ne parlait pratiquement pas sa langue maternelle, l’espagnol. Le fait qu’il parle presque couramment l’anglais est vraiment incroyable. Mais l’histoire de Juan José commence bien avant son arrivée chez nous.

Cinquième enfant d’une fratrie de 10, Juan José est né à Comalapa, au Guatemala, en mai 1990. En grandissant, il s’est trouvé une passion pour l’apprentissage, qu’il n’a cessé de rechercher.

Mais le père de Juan José, Florenzio, ne voulait pas qu’il aille à l’école. Lui-même n’ayant reçu aucune instruction, Florenzio avait du mal à nourrir tous ses enfants et ne pouvait financer leur éducation. De plus, Florenzio ne voyait aucun avantage à l’apprentissage : « [Mon père] m’a dit que je ne pouvais pas aller à l’école. Il m’a dit que l’école était inutile, qu’il fallait juste travailler pour survivre. » Mais Juan José n’était pas d’accord. « J’ai toujours voulu aller à l’école, je n’aimais pas ne pas y aller, je voulais m’instruire. »

Juan José n’a jamais eu de bons rapports avec son père. Non seulement Florenzio l’empêchait d’aller à l’école, mais il était aussi alcoolique et Juan José n’osait pas s’interposer, de peur de recevoir des représailles physiques. « Ses beuveries duraient parfois un mois, il nous battait toujours. »

Par chance, Juan José trouvait refuge chez sa mère. Il l’a décrit comme « une femme bonne, très compatissante. » Elle n’était jamais allée à l’école, mais elle avait toujours des paroles avisées. Malheureusement, elle ne pouvait soutenir ces 10 enfants.

Comme la nourriture manquait et qu’il se disputait sans cesse avec son père, Juan José a quitté la maison à l’âge de sept ans, pour chercher du travail. Il travaillait souvent sur les chantiers et s’était rendu compte qu’un enfant recevait peu d’argent de la part des employeurs. Finalement, Juan José a trouvé du travail régulièrement contre de la nourriture et un toit. Mais il ne se satisfaisait jamais de cette situation, car il avait quitté sa maison dans le but de gagner de l’argent pour aider ses frères et soeurs. Ainsi, il ne restait jamais trop longtemps au même endroit.

En fait, c’était une époque très instable pour Juan José, car il changeait constamment de travail et de logement. De plus, si une maison ne lui convenait pas, ou s’il avait du mal à trouver du travail, Juan José restait dans la rue. Et c’est précisémment dans la rue, que Juan José avait du mal à s’accrocher à ses principes. « Quand je vivais dans la rue, c’était difficile de voir des gens, comme moi, qui vivaient dans des poubelles, tandis que d’autres, les criminels, possédaient de belles choses. »

Après sept années passées dans la rue et à travailler pour des employeurs malhonnêtes, Juan José a été pris en charge par ses beaux-frères. « C’étaient des gangsters impliqués dans la drogue, qui buvaient tout le temps et volaient les gens ». Chaque fois que Juan José s’élevaient contre leurs actions, ils lui répondaient que Juan José faisait partie du groupe et qu’il devait arrêter de faire semblant. Fort heureusement, pendant cette époque, Juan José n’a jamais succombé à leurs mauvais influences. « Je gardais mon identité, je me répétais que je ne serai jamais comme eux. »

Finalement, à l’âge de 15 ans, Juan José a reçu une lettre de sa mère, lui parlant de Nos Petits Frères et Soeurs. Bien qu’il soit plus âgé que l’âge requis, quatre de ses plus jeunes frères et soeurs y étaient déjà admis, ce qui lui a permis d’être accepté immédiatement.

Comme la plupart des enfants, Juan José a eu des difficultés à s’adapter à la vie chez NPFS. « Au début, cela a été dur. Je n’étais jamais allé à l’école auparavant et je savais à peine lire et écrire. Certains enfants se moquaient de moi et disaient des choses comme « tu es stupide, tu es plus vieux et tu en connais à peine autant que moi. »

Cependant, Juan José, comme toujours ne les a pas écoutés. « Un jour, j’étais vraiment déçu par moi-même, je me suis assis et j’ai médité, j’ai essayé de me chercher. J’ai décidé de relever des défis, de me fixer des objectifs. Je me suis fais la promesse de tout faire pour réussir à l’école, d’aider ma mère. Ensuite, j’ai travaillé plus que les autres enfants. J’ai enfin découvert que j’avais de nombreuses capacités, j’ai demandé à mes professeurs si je pouvais suivre deux niveaux en même temps. »

C’était il y a quatre ans. Juan José est maintenant en dernière année de collège, c’est-à-dire qu’il va terminer un cursus scolaire qui dure habituellement neuf ans (nous avons aussi un programme externe pour préparer le baccalauréat [lycée] à Chimaltenango, la ville voisine), en seulement cinq ans. Juan José participe au programme des animateurs du foyer. Pendant son temps libre, il travaille également comme Tío (aide-soignant) dans la section San Antonio.

Lorsque je parle avec lui, j’oublie souvent qu’il n’a eu aucune présence masculine positive dans son entourage, avant d’être ici. Puis, la question m’est venue spontanément : « Comment as-tu réussi à avoir une vision positive de la vie, alors que tu n’as été entouré que de personnes masculines négatives ? » Sans grande surprise, sa réponse reflète sa grande maturité. « C’est vrai qu’aucun homme dans ma vie n’a pu me servir de modèle. Que ce soit chez moi, dans les rues, ou avec mes beaux-frères), tous avaient une influence négative. C’est pourquoi, j’ai toujours su que je ne voulais pas devenir comme eux. Mais j’ai toujours éprouvé de la compassion et de l’amour à leur égard. J’ai vu comment ils souffraient et comment ils voulaient m’aider. »

En ce qui concerne son avenir, Juan José veut devenir médecin. « Je veux faire des choses pour mon pays. Je veux devenir médecin et aider ceux qui n’ont pas d’argent, et peut-être même travailler pour NPFS, car cette famille a fait beaucoup pour moi. »

J’ai dû terminer l’entretien, malgré mon envie de continuer notre conversation, car nous devions tous deux vaquer à nos occupations. J’ai donc décidé de donner à Juan José une dernière opportunité de s’exprimer. Il a résumé l’entretien, l’article, et son histoire personnelle en deux phrases : « Tout le monde a le potentiel et la capacité de faire de grandes choses, mais s’ils n’ont pas la bonne attitude, ils peuvent limiter leur potentiel et diminuer leurs capacités. »

« Les expériences que j’ai vécues m’ont beaucoup aidé. Je vois que j’ai un grand potentiel : physique, mental et émotionnel. C’est pourquoi j’essaie d’encourager ceux qui m’entourent. Je veux qu’ils comprennent les opportunités qui leur sont offertes … La vie que j’ai menée m’a appris énormément de choses – à mieux comprendre, à avoir une vision, un rêve. Cela m’a rendu meilleur. »

Eric Boudreaux
Correspondant local