Le père Richard Frechette, CP

Toute une vie au service des enfants haïtiens
12 décembre 2008 – Haiti

Depuis 21 ans, le Père Richard Frechette C.P., médecin et prêtre américain, a travaillé dur pour améliorer les conditions de vie des pauvres d’Haïti, comme acte de foi. Cela n’a pas été une tâche facile et de nombreuses personnes qui côtoient le père Rick sont touchées par sa présence. Son caractère enjoué transporte les gens qui l’entourent, des enfants et adolescents jusqu’aux employés et volontaires qui travaillent quotidiennement avec lui.

Le père Rick est né en 1953 à West Harford, Connecticut, à l’époque où de nombreux garçons souhaitaient devenir prêtre, médecin ou pompier. Il a respecté les objectifs de la prêtrise et a trouvé que la religion répondait à ces questions existentialistes que tout le monde se pose, comme par exemple pourquoi suis-je sur cette Terre, et dans quel but ?

Après avoir été ordonné prêtre en 1978, il a travaillé pendant quatre ans dans une paroisse de Baltimore, Maryland, puis il a été envoyé à New York pour travailler avec les réfugiés cubains. Pour travailler correctement, il a dû s’initier à l’espagnol et est parti à Mexico. Les prêtres Passionistes de Mexico l’ont présenté à Nos Petits Frères et Soeurs (NPFS), le foyer pour enfants abandonnés et orphelins fondé par le père William Wasson ; bientôt, le père Rick célébrait la messe et donnait les sacrements au foyer NPFS de Miacatlan.

C’est là-bas qu’il a rencontré Reinhart Koehler, un volontaire allemand qui travaillait comme aide-soignant pour une section des garçons. Reinhart a demandé au père Rick de le remplacer pendant son mois de congés et à partir de ce moment-là, le père Rick est devenu accro. Il savait qu’il retournerait un jour chez NPFS, pour y rester, mais ses supérieurs devaient donner leur accord.

En attendant, le père Rick est retourné aux Etats-Unis où il a continué à travailler dans une paroisse à Union City, New Jersey, juste en face de New-York. Il voulait en savoir plus sur les gens qu’il servait, il a donc pris trois mois pour visiter les caraïbes. Lorsqu’il est arrivé en Haïti, il s’est rendu compte que les haïtiens étaient extrêmement pauvres, bien plus pauvres que ce qu’il avait pu voir dans d’autres pays. Cela l’a énormément affecté et ce sentiment l’accompagnerait les années suivantes.

Durant toute cette période, le père Wasson est resté en contact avec le père Rick, lui demandant constamment de revenir au Mexique. Finalement, en 1984, le père Rick a pu quitter les Etats-Unis et travailler avec le père Wasson. Il démarrait à peine que le père Wasson le préparait déjà à de grands desseins. En 1985 le père Wasson a demandé à Reinhart et au père Rick d’ouvrir un foyer NPFS en Honduras. Le père Rick est resté en Honduras pendant quatre ans pour développer le foyer, mais il continuait à penser à la détresse des haïtiens, notamment les enfants.

Le père Wasson souhaitait ardemment continuer l’expansion de NPFS dans d’autres pays et le père Rick lui a raconté qu’il n’avait pas vu un endroit aussi dévasté qu’Haïti. Pendant un voyage de reconnaissance, le père Wasson a trouvé la propriété St. Hélène à Kenscoff, un endroit frais et luxuriant, éloigné du désespoir et de la chaleur de la capitale. NPFS Haïti a été ouvert en 1987, mais le père Rick a constaté une énorme différence avec les autres enfants du Honduras ou du Mexique. L’extrême pauvreté du pays entrainait des maladies bien plus graves ; les enfants souffrant de ces maladies ne pouvaient rester avec les enfants sains de l’orphelinat. C’est pourquoi, en 1988, le père Wasson a acquis un ancien hôtel désaffecté pour le convertir en hospice pour les enfants luttant pour la vie.

Les premières années en Haïti ont été frustrantes pour le père Rick, car il manquait cruellement de professionnels pendant les émeutes et embargos, notamment de médecins. Il a donc demandé à ses supérieurs de prendre lui-même des cours de médecine. La même année, lui et son équipe ont enduré le renversement d’Aristide, un embargo de huit mois des Nations Unies et des Etats-Unis, qui a conduit à la fermeture des banques, de l’aéroport et des douanes. Il n’y avait pas de nourriture ni d’essence, de nombreuses organisations humanitaires ont quitté ce pays chaotique. Les besoins sont devenus encore plus importants tandis que les missionnaires étaient rappelés chez eux et que l’équipe médical ne pouvait travailler. Il était devenu vital pour le père Rick de devenir médecin.

Pendant ses études, le père Rick revenait en Haïti dès qu’il le pouvait. Il a obtenu son diplôme d’ostéopraticien en 1998 à l’université de New York. A son retour définitif en Haïti, le directeur NPFS du pays gérait l’orphelinat, le père Rick s’est donc impliqué dans le développement de l’hôpital. Il a également aidé les soeurs de la charité de Mère Teresa et en 1999, il a démarré les programmes de St. Luc, une réponse aux besoins des bidonvilles et des rues. Ce programme s’applique à la nouvelle génération de NPFS Haïti : de jeunes adultes qui avaient grandi dans l’orphelinat et qui faisaient désormais partie d’une équipe destinée à relever le pays. Comme le père Rick s’occupait des malades et des mourants, il a compris encore mieux les conditions déplorables dans lequelles les haïtiens vivaient, y compris celles des adultes élevés par NPFS, une fois qu’ils devenaient autonomes.

« Si nous n’aidons pas nos enfants à intégrer notre société, c’est un échec. » déclare le père Rick.  » Nous devons trouver des solutions pour aider les enfants les plus pauvres et créer des emplois pour nos jeunes adultes, qui réflètent la dignité et la compassion. »

Actuellement, 130 adultes qui ont grandi chez NPFS travaillent ou gèrent les programmes de St. Luc. Ils travaillent conjointement avec 190 autres membres du personnel. Parmi les activités du programme de St Luc figurent : 16 écoles de rue, un programme nutritionnel pour les élèves, l’enterrement des indigents, la distribution d’eau et de nourriture, le secours en cas de catastrophes, la formation par le cinéma dans les bidonvilles les plus pauvres, les cliniques mobiles, l’équipe de secours en cas de catastrophe, pour n’en nommer que quelques-unes.

Le père Rick a été témoin de ce qu’il appelle « les effets de la spirale descendante de la pauvreté », qui, selon lui, ont été les plus difficiles d’Haïti. Il explique que lorsqu’il est arrivé dans le pays, la pauvreté était non violente- désormais la violence fait partie du quotidien. L’âge moyen du pays est de 16 ans.

« De nombreux enfants ne connaissent pas l’organisation, la propreté, l’efficacité, l’hônneteté », dit-il. « Ils se concentrent sur la survie au quotidien ». Nous devons les détourner de la poubelle, des égoûts et immondices et créer des petites structures qui les aident. Nous devons les éloigner des gastro-entérites, des vers, parasites et amibes et leur enseigner comment utiliser de l’eau propre, se laver, manger correctement et faire une activité productive. »

Durant ces années de travail dans les rues et hôpitaux de Pétionville, une énorme donation d’un particulier a permis d’acheter du terrain pour construire un nouvel hôpital. Les prières de Soeur Philomena, une infirmière et aide-soignante, ont été nos meilleures ressources immobilières. Au début, le contrat a échoué, mais elle a commencé à prier encore plus, et deux semaines plus tard, nous avons pu acheter la propriété pour la somme de 440.000$ et une autre propriété, d’un montant de 600.000$ a démarré sa première phase de construction. L’hôpital pédiatrique de St. Damien pouvait commencer. Grâce à de nombreux volontaires d’Haïti et d’ailleurs, l’hôpital a vu le jour, alors que Port-au-Prince était une zone de guerre. Tous les jours avaient lieu des kidnappings et des tueries.

Les donations en provenance de NPFS Italie et NPFS Allemagne ont permis de terminer la construction de l’hôpital, d’une valeur de 5 millions de dollars, une installation de 45.000 mètres carrés. En octobre 2006, l’hôpital pédiatrique de St. Damien a ouvert officiellement ses portes et des supporters du monde entier sont venus assister à l’inauguration.

Sur le terrain de l’hôpital, se trouve Kay Germaine, un centre de rééducation et d’enseignement pour les enfants handicapés. De plus, de nouveaux terrains ont été achetés pour développer Francisville, une école d’enseignement secondaire et professionnel qui sera construite à côté de l’hôpital.

St. Damien doit son expansion et sa réussite au partenariat entre les collecteurs de fonds de NPFS du monde entier, plus particulièrement des Etats-unis, d’Allemagne, de France et d’Italie. De même, un hôpital géré par des soeurs, le Centre médical régional St. Alphonsius, à Boise, dans l’Idaho, a joué un rôle important. Il fournit des ressources, des fournitures médicales, des médicaments et il envoie une fois par an une équipe médicale. Avec l’aide incessante du réseau des supporters, le Père Rick souhaite développer l’hôpital St. Damien dans des spécialités qui n’existent pas en Haïti, comme le cancer et la cardiologie pédiatrique. En outre, il aimerait dispenser un enseignement continu aux médecins et infirmières. Parmi ses projets figurent la diffusion de vidéos éducatives dans la salle d’attente, traitant de sujets comme la nutrition et l’hygiène ; l’élimination du papier et la gestion des fiches médicales par ordinateur. Un appareil de radiographie est en cours de livraison. Le programme chirurgical a commencé à effectuer des petites interventions, mais nous espérons pouvoir intervenir dans des opérations plus avancées à l’avenir. Un partenariat avec un chirurgien italien et NPFS Italie a permis de développer ce programme. Enfin, St. Damien travaille avec le gouvernement français, par l’intermédiaire de NPFS France, pour créer un programme de lutte contre le cancer et améliorer tous les services de l’hôpital.

L’hôpital est divisé en plusieurs zones : une salle d’attente pour les patients externes, une salle d’opération, une salle pour les cancéreux, une pharmacie, une salle de radiologie, une salle pour les urgences, pour les soins critiques, une salle d’isolement, des salles pour les maladies infectieuses et non infectieuses, et une clinique dentaire. St. Damien abrite églament l’administration, les services sociaux, une cuisine, une buanderie, une salle pour le personnel, un entrepôt, des salles de stockage et de conférence. les bureaux administratifs de St. Luc et les programmes de Santé Publique sont également hébergés à l’hôpital.

Mais l’étendue des soins que dispense St. Damien est difficile à mesurer si vous ne connaissez pas les histoires personnelles qu’il véhicule. Le père Rick se rappelle de Markinson, un garçon âgé de 9 ans qui avait été trouvé sous un arbre.

« Il souffrait d’un carcinome à la tête qui le défigurait tellement qu’il n’avait pas de nez ni d’yeux, et sa peau était plein de vers. Son odeur était nauséeuse. Les infirmières versaient de l’alcool pour faire partir les vers. C’était terrible de le voir si défiguré et mal nourri, mais une fois sa douleur maîtrisée, qu’il a été convenablement nourri et aimé, il est redevenu un enfant comme les autres. Markinson a dit à son camarade de chambre qu’il était le plus malade des deux. Son camarade ne pouvait pas marcher, mais il pouvait voir, ils s’aidaient mutuellement et formaient une bonne équipe. Il savait qu’il allait mourir et il faisait face à la mort de manière étonnante. Il demandait : « Y-a-t-il des fleurs au paradis ? » Et je répondais : « Je crois que oui : le paradis est la richesse de la création et ce monde est le mirroir du paradis ». Puis Markinson a dit : « Comment ferais-je pour les sentir, je n’ai pas de nez. »

Il m’a demandé comment je savais que Dieu existait. Je lui ai répondu que Dieu devait exister, car sinon il serait toujours tout seul sous son arbre. Dieu ne voulait pas qu’il reste seul, et il a mis des gens sur son chemin pour réorganiser sa vie. Dieu l’avait emmené jusque là et il n’avait pas encore fini. Il n’a pas encore fini avec nous tous ! Il m’a dit que lorsqu’il irait au Paradis, il prierait pour moi. Il a vécu deux ans de plus à l’hôpital, puis le cancer a atteint un vaisseau important et il est mort. La seule chose que nous pouvions faire était de traiter la douleur et les blessures, lui procurer un environnement sain.

Le père Rick affirme qu’il se sent guidé et qu’Haïti est l’endroit où il est sensé servir pour rendre ce monde meilleur. « C’est très fatiguant, mais cela vaut la peine de s’y épuiser. »

Le père Rick et son équipe s’occupent de plus de 30.000 enfants et adultes par an. Ensemble et grâce aux services de St. Damien et des programmes de St. Luc, ils ont touché la vie d’innombrables personnes. L’objectif du père Rick d’apporter la dignité dans leur vie et de dispenser des soins de qualité, et la foi qui l’habite, ont placé le père Rick dans son élément, un pays appelé Haïti.

Monica Gery
Agent d’information