Bienvenue à Fond des Blancs…

St. Luc : des taudis urbains aux zones rurales pauvres.
15 août 2010 – Haïti

Ferel (à droite) à Fonds des Blancs

« Est-ce de l’eau potable ? », je demande en regardant le liquide épais du conteneur en plastique. C’est le week-end et j’ai accompagné Ferel Bruno, l’Assistant du Directeur National de NPFS, à Fonds des Blancs, sa ville natale. Actuellement, nous assistons au match de football dominical et nous regardons les friandises qui nous sont proposées. Le frère de Ferel, Dieucibon, regarde la décoction avec suspicion et me dirige vers un paquet de biscuits plus présentables.

Situé dans une zone pauvre et montagneuse à 75 km de Port-au-Prince, Fond des Blancs est le site du nouveau programme de proximité de St. Luc. Lorsque le séisme a frappé le pays au mois de janvier, les routes de Port-au-Prince ont été coupées, réduisant gravement l’approvisionnement en nourriture de la province du sud. La région a vu arriver un flux de réfugiés de la capitale, augmentant la population de 30 % dans une ville comprenant 60.000 habitants, ce qui a compliqué la situation. Dieucibon a appelé son frère pour lui demander de l’aide.

Ferel a passé immédiatement plusieurs week-ends à Fonds des Blancs. « Je suis venu aider mon frère et je me suis retrouvé avec une ville complètement dévastée. » Avec l’aide de John Shattuck, Mary Reed et Vern Conaway, Ferel a rapidement organisé la distribution d’aliments et de tentes pour les résidents locaux. Mais la vulnérabilité et la pauvreté rampante de Fond des Blancs nécessitait une solution à long terme. Alors que la distribution résolvait provisoirement les problèmes d’alimentation et de logements, Ferel savait qu’une démarche encourageant la stabilité et la durabilité était nécessaire.

Dans cet esprit, Ferel a commencé à faire une liste. « Nettoyer l’eau, générer des revenus, éduquer, » coche-t-il en tournant autour de moi. Nous nous arrêtons dans une cimenterie qui produit des briques en ciment. « Cela permet aux gens de ne plus dépenser de l’argent pour les acheter à la ville voisine ». Il montre une grande tente blanche qui fait office de clinique tous les mois et explique son projet d’en faire une structure permanente, qui fournirait des services médicaux quotidiens. Ici, le bâtiment qui deviendra un bureau de micro-crédit, là le site qui abritera une école de formation professionnelle, et un moulin à grains qu’il a installé pour que les villageois puissent moudre le maïs et le blé. La semaine prochaine, Ferel sera accompagné d’une équipe d’experts sanitaires pour étudier la la ville et purifier son eau.

Le projet permet également de créer des emplois dans un pays qui comptait 60 % de chômeurs avant le séisme. Le lendemain, j’observe Ferel continuer ses plans avec Bebe, un peintre sourd qui a également conçu la nouvelle école pour sourds et muets de NPFS à Tabarre. Ferel me voit prendre des photos et me conduit vers un groupe de femmes qui travaillent à la clinique. Je les prends en photo, ainsi que des hommes qui fabriquent le ciment.

Le lendemain, nous entamions 5 heures de route vers Port-au-Prince. « Cela peut être très épuisant », m’explique Ferel en naviguant à travers les routes accidentées et inondées. « Mais je sais qu’il faut le faire, et cela sera fait. »

 Ivy Kuperberg
Correspondante locale