Des nouvelles d’Eda
Ecrire pour devenir autonome
10 juillet 2009 – Honduras
L’écriture d’une lettre à un être cher nécessite beaucoup de concentration. Mais pour Eda, la concentration n’est qu’une seule pièce du puzzle. Lorsqu’elle était petite, elle a contracté une encéphalite et une méningite. Ses tissus cicatriciels l’empêchent de marcher, de parler et d’écrire correctement. Elle éprouve des difficultés physiques, mais un neurologue que nous avons récemment consulté, nous a dit qu’avec 3 heures de physiothérapie par jour, 7 jours sur 7, et des séances d’hydro-thérapie, Eda pourrait marcher normalement. Ces infirmités physiques ne la dispensent pas pour autant du combat mental qu’elle doit livrer. Et il est fort probable que vous l’entendiez dire d’un ton pincé « Oh, moi ? Non, toi. » Et tout le monde éclate de rire sans que vous sachiez pourquoi.
Mais le plus étonnant chez Eda, c’est ce qui s’est passé il y six mois. Pendant six mois, elle avait suivi des séances de physiothérapie avec Jose Ramon, un volontaire espagnol, qui lui apprenait à lire et écrire. Mais, après de longues heures de travail, « nous ne constations aucune amélioration ». « Après six mois de thérapie, elle ne savait qu’écrire son nom », dit Jose.
C’était terrible. Pendant que Jose écrivait son rapport sur la séance, Eda lui a demandé si elle pouvait utiliser un ordinateur. « Nous avons commencé à travailler avec un ordinateur en février, et je lui ai appris des choses simples comme écrire son nom et celui de ses frères et soeurs. » Mais il s’est vite avéré évident qu’Eda avait une puissance cognitive et une intelligence qui ne pouvaient se limiter à des noms.
Ils ont commencé à taper des groupes de mots et des phrases. En s’appuyant sur les sensations d’Eda, Jose l’a aidé à se frayer un chemin vers la communication et la sophistication par la voie informatique. Après avoir réalisé d’énormes progrès, Tom (notre volontaire responsable de l’informatique) et Armin (notre coordinatrice de projet) ont cherché un ordinateur permanent pour les besoins quotidiens d’Eda.
Alors que l’année de volontariat de Jose touchait à sa fin et avant qu’il ne retourne en Espagne, Jose et Eda nous ont accordé un entretien :
CL : Comment te sens-tu quand tu utilise l’ordinateur ?
EDA : Je suis très heureuse, car l’ordinateur m’aide à mieux écrire.
CL : Et pourquoi veux-tu écrire ?
EDA : Parce que j’adore écrire des lettres à mes amis, à ma famille, à mes parrains et à Jessica.
CL : Que souhaites-tu dire à Jose avant qu’il ne parte ?
EDA : Je voudrais le remercier de m’avoir appris à utiliser un ordinateur.
CL : Une dernière question. Si tu avais la possibilité de dire quelque chose au monde entier, que dirais-tu ?
EDA : Je dirais qu’ils doivent lutter pour ce qu’ils désirent.
Des mots puissants et sincères d’une jeune fille forte et compréhensive. Eda (et la plupart d’entre nous) n’aurait jamais imaginé qu’elle prononcerait ces mots peut de temps avant que le Honduras ne tombe dans une grave crise politique, où les deux parties adverses essayaient de construire un avenir meilleur.
Bien qu’Eda ait fait d’énormes progrès ces derniers mois, elle a encore besoin d’un soutien important, comme une physiothérapie plus rigouresue et son propre ordinateur portable. Mais Eda a franchi de nombreuses étapes de son apprentissage. Elle nous inspire tous au moment om nous luttons pour améliorer notre avenir.


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