Tía Sonia
Educatrice de la « Casa de los Angeles »
14 mars 2009 – Honduras
Justice est un mot que l’on comprend sans même le prononcer, il suffit de le pratiquer tout simplement. Mais cette tâche n’est pas toujours aisée. On doit se battre, résister aux torrents et tempêtes provoqués par des personnes malvenues et ostracisantes, dont l’unique objectif est de retirer leur propre bénéfice aux dépens des autres, sans le moindre scrupule. Suivant ce principe, Sonia a passé sa vie à travailler et soigner les autres, et a travaillé comme Tía (éducatrice) pendant 20 ans pour Nos Petits Frères et Soeurs (NPFS) Honduras, à la « Casa de los Angeles » (maison de Los Angeles), auprès des enfants souffrant des infirmités physiques les plus importantes.
Comme beaucoup de gens ici, la vie de La vie de Sofia a commencé bien avant NPFS. Etudiante dans les années 80, elle a été témoin de l’injustice et des décisions qui ont directement influencé et détruit la vie de tant de personnes. Pendant la Guerre Froide, elle se rend au Nicaragua alors que d’autres fuyaient, et a cherché refuge chez son cousin, de 5 ans son aîné, en Honduras, loin de la sécurité dont on jouit maintenant, et dont la seule aide ne pouvait provenir que des anges. Les églises étaient fermées et couvertes de balles ne laissant pas de place à la vie ; même le stade national, un autre lieu de refuge, était fermé et transformé en morgue. Elle a trouvé son petit cousin dans une petite maison entretenue par une famille au grand coeur, au milieu du chaos. Après être revenue saine et sauve en Honduras, Sonia garde le souvenir des cicatrices causées par la négligence et l’ivresse du pouvoir, cette injustice, qui ont dévasté les vies de tant de personnes, au nom de la « démocracie ». Ces injustices sont restées gravées dans sa mémoire et son coeur et l’ont poussé à lutter pour la justice, à influencer différemement la vie des gens- à être quelqu’un qui construit au lieu de détruire.
Pour mener à bien sa mission, Sonia a trouvé NPFS, qui lui a permis d’être en contact avec les enfants, de les aider et comme elle dit « de servir ceux qui en ont le plus besoin ». A la fin de 1988, Sonia a commencé à travailler chez NPFS Honduras, avec Reinhart et le père Ricardo, deux des membres fondateurs du foyer hondurien. En 1989, suivant l’exemple du père Wasson, qui avait ouvert un foyer supplémentaire pour aider les enfants du Mexique atteints du SIDA, le père Ricardo a décidé de faire de même. Il créé avec Tía Sonia et Reinhard la « Casa de los Angeles », dont la fonction s’est rapidement orientée vers le soin des malades souffrant de graves infirmités comme la paralysie cérébrale infantile et le syndrome de Down.
Au départ son objectif était d’apprendre une nouvelle spécialité, étant donné que les enfants étaient handicapés, mais en 20 ans, cet objectif a changé ; maintenant Sonia essaie d’accorder une attention particulière aux enfants, notamment dans la communication. Ce n’est pas une nouveauté, mais Sonia a décidé de se concentrer davantage sur l’amélioration des capacités communicatives des enfants. Le fait que les enfants ne puissent pas parler ne signifie pas qu’ils ne savent pas communiquer. Cette révélation est un tournant dans le développement de la vie de ces enfants et de la manière dont ils l’appréhendent ; au lieu de pleurer, certains apprennent à indiquer l’endroit où ils ont mal, ou à montrer qu’ils ont faim. Ce sont des étapes extraordinaires qui montrent combien l’amour et la gentillesse peuvent vous accueillir dans ce monde, et combien un peu d’équité, comme le même droit pour tous de vivre et de respirer, est malheureusement différent d’un pays à l’autre.
Chaque soir au coucher, c’est un sourire, un regard joyeux que les enfants en bonne santé et plein de vie montrent à la Tía Sonia. C’est exactement ce sentiment qu’elle recherche dans son travail, pour montrer que toutes les douleurs extérieures ne sont pas les bienvenues dans cette maison, que cette maison qui regorge de son amour et de celui des autres, est un foyer chaleureux et aimant, un refuge pour la justice, comme le docteur Norma Alberto le dit si bien « C’est dans cette maison que les vraies anges de ce monde vivent. »
Benjamin Katz
Correspondant local

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