Des cercueils en carton pour les cadavres d’Haïti

Les jeunes de Nos Petits Frères et Sœurs apportent un peu de dignité aux morts.
12 septembre 2008 – Communiqué de presse – France

Les jeunes de Nos Petits Frères et Sœurs en Haïti enterrent les morts dans des cercueils, constitués de journal et de carton, qu’ils fabriquent eux-mêmes. Alors que dans les pays européens l’âge moyen de la population est souvent proche de 40 ans, en Haïti il n’est que de 18 ans. La violence, la maladie, particulièrement le SIDA, la faim, la succession de catastrophes naturelles décuplent le nombre de décès prématurés…

- Dans les quartiers pauvres de Port-au-Prince, il n’est pas rare de « croiser » un cadavre sur son chemin. Au milieu d’un attroupement de porcs voraces, on peut même découvrir un corps démembré, disparaissant peu à peu sous les attaques des animaux. Ces visions d’horreur se produisent notamment après le passage de fortes tempêtes tropicales – lors, les anonymes trop nombreux sont déversés dans une fosse commune.

- À l’hôpital pédiatrique de Nos Petits Frères et Sœurs, et dans les dispensaires des quartiers pauvres, les familles n’ont pas les moyens d’acheter un cercueil pour leur enfant. « Nous avons un nombre accablant de morts sans ressources. Chaque année, nous déplorons la mort de 250 enfants dans nos hôpitaux, sans oublier de mentionner tous les autres lieux dans lesquels nous travaillons » explique le père Frechette.

- Dans les cabanes des bidonvilles, les morts sans famille sont laissés à l’abandon.

Sensibles à cette situation, six anciens orphelins recueillis par Nos Petits Frères et Soeurs ont crée le “Ministère de la Résurrection”, pour donner une fin décente à ces hommes, ces femmes et ces enfants. Avec l’aide d’une vingtaine de jeunes, ils ramassent les corps trouvés durant les périodes de violence civile et d’agitation politique, quelque soit leur état de décomposition. Une cinquantaine sont ainsi ramassés dans l’année. Ils confectionnent chaque jour des cercueils faits de papier mâché et de carton. Environ 600 cercueils d’adultes et 1000 d’enfants sont fabriqués par an. À propos de la mort d’un petit garçon, rongé par le cancer, le père Frechette raconte : « Jude, l’un de nos garçons, a confectionné son cercueil. Jude est particulièrement doué, il fait de beaux cercueils… dommage que quelqu’un doive être doué pour faire des cercueils d’enfants ! »

15 à 20 enterrements peuvent avoir lieu simultanément dans des tombes creusées par les jeunes. Ils se font sur un terrain privé, mis à disposition par un particulier, en l’absence de cimetière. Pas de chrysanthème. Une simple croix de bois marque leur tombe.

Malgré tous les efforts et le professionnalisme du personnel soignant, celui-ci ne peut empêcher le décès de nombreux enfants. Le taux de mortalité infantile en Haïti atteint 63‰. Au premier semestre 2008, on comptait à l’hôpital 20% d’enfants décédés de plus qu’à la même période en 2008.

Les jeunes devront exercer leur « talent » encore longtemps pour confectionner les cercueils des enfants morts.

Contact presse : Florence RAUD – florence.raud@nphfrance.org – Tél. 01 60 34 33 33

Créée en 1954 au Mexique, l’association Nos Petits Frères et Sœurs est présente dans 9 pays : Mexique, Honduras, Haïti, République dominicaine, Nicaragua, Salvador, Guatemala, Pérou et Bolivie. Elle accueille au sein de ses orphelinats près de 3600 enfants orphelins ou abandonnés et apporte une aide alimentaire, médicale et scolaire à près de 38 000 enfants et adultes démunis dans ces pays. En Haïti, elle a construit un orphelinat, un hôpital pédiatrique – le plus grand des Caraïbes et mis en place des programmes d’aide alimentaire, de soins et de scolarisation pour les enfants des rues. Plus d’informations : www.nphfrance.org

Florence Raud
Relations presse