Sœur Kathleen, assistante sociale en Haïti
Assistante sociale pour le Programme Anges de lumière du Père Wasson.
(États-Unis)
Il y a quelques temps, j’ai engagé un processus de dialogue et de discernement avec ma communauté, les Sœurs du Saint Rédempteur, car je sentais que j’étais appelée d’une certaine manière à rendre ministère aux personnes dans le plus grand besoin. Au moment où la congrégation était prête à envisager la possibilité de me permettre de répondre à cette invitation au-delà de la zone géographique immédiate de Philadelphie, afin d’apporter une solution à des problèmes non encore résolus, un tremblement de terre venait tout juste de frapper Haïti.
Il me parût alors évident que c’est à cet endroit que je devais mettre en œuvre mes aptitudes d’assistante psycho-sociale afin d’exercer le charisme de présence de guérison et de souffrance rédemptrice de ma communauté.
En août, j’ai commencé à travailler avec les enfants dans le cadre du programme « Anges de lumière du Père Wasson« (Father Wasson Angels of Light – FWAL), qui a débuté après le tremblement de terre, avec pour objectif de prendre soin des enfants déplacés.
Désormais, je passe mes matinées à l’école FWAL. Trois matins par semaine, je dirige des groupes d’éducation psychologique composés d’enfants de la maternelle et du cours préparatoire. Je prends généralement en charge la moitié, ou même le tiers d’une classe à la fois. En effet, dans le cadre de mon diplôme en éducation élémentaire et spécialisée, je n’ai à aucun moment été préparée à prendre en charge le nombre élevé d’enfants qu’on retrouve par salle de classe ici.
Pour le travail en groupes, je me sers d’une marionnette représentant une tortue que nous avons appelée « Titoti » (petite tortue), afin d’enseigner aux enfants la résolution pacifique des conflits, ainsi que la gestion des problèmes et des émotions. Depuis, il semble que chaque fois que l’un des tout-petits voit une quelconque marionnette, qu’elle représente un mouton, un chien ou une personne, il l’appelle « Titoti ». Je suppose que c’est parce que ces enfants, contrairement à ceux des pays développés, n’avaient pratiquement jamais vu de marionnettes. Un matin, j’ai dit « Bon jou » à un groupe d’enfants, et ils ont répondu « Bon jou Titoti », alors que je n’avais même pas la marionnette entre les mains à ce moment-là !
Les autres matins, je dirige des thérapies individuelles par le jeu avec plusieurs enfants. Pour ce type de thérapie, je privilégie généralement une approche non directive, et je laisse aux enfants un espace et des objets, qu’ils peuvent utiliser pour s’exprimer, exprimer leurs expériences traumatisantes, essayer de nouvelles choses, le tout dans un environnement de sécurité et d’acceptation. C’est toujours un privilège pour moi de faire ce travail de psychothérapie avec les enfants, de voir comment ils expriment leur douleur et leur souffrance, leur progrès et leur guérison à travers le jeu et l’art.
Quant à mes après-midis, je les passe à Kay Saint Anne, où vivent les 41 enfants de moins de six ans, entourés du personnel soignant. Avec le personnel sur place, plus quelques enseignants assistants qui viennent après l’école, les enfants pratiquent des activités pendant environ une heure et demie chaque jour. En général, il s’agit d’un moment de jeu libre structuré au cours duquel les enfants peuvent choisir différentes activités qui leur donnent l’occasion d’exprimer leur créativité, telles que le puzzle, les jeux de cubes, les jeux de voiture et le jeu avec des maisons en jouets. Les enfants ont également un moment consacré à la musique et aux arts visuels. Bien que la plupart des enfants de la maison participent également au programme d’éducation psychosociale organisé à l’école, je renforce la formation en faisant avec eux à la maison le même cours en petits groupes, tandis que leurs encadreurs sont présents, espérant que ces activités aideront les enfants à appliquer au quotidien ce qu’ils ont appris.
J’avais dit à ma communauté que je me sentais appelée à travailler avec ceux qui étaient dans le plus grand besoin. Certes, dans mon travail, je rencontre des besoins considérables au quotidien. Mais je suis également habitée par la joie, la persévérance et l’espoir. En effet, bien souvent, je suis remplie d’un sentiment de gratitude vis-à-vis des enfants et de tout ce qu’ils m’enseignent, et je suis reconnaissante à NPH et à ma communauté pour le privilège que j’ai de pouvoir servir ici en Haïti.
Sœur Kathleen Nealon
Assistante sociale


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